Rwanda : La mauvaise gestion des déchets de téléphones portables est un danger à l’environnement 

Déchets de téléphones portables entassés par un réparateur qui espère les revendre.

Face à la pénétration rapide des téléphones portables au Rwanda, l’Office Rwandais de Gestion de l’environnement (REMA) craint que leurs déchets qui ne sont pas correctement collectés ne puissent nuire à l’environnement et mettre en danger la santé humaine du fait de leurs produits chimiques toxiques.

Les chiffres fournis par l’Agence Rwandaise de Régulation des Services d’Utilité Publique (RURA) montrent que le nombre de téléphones portables continue d’augmenter au Rwanda dans la mesure où il a largement dépassé le nombre de Rwandais eux-mêmes.

A la fin du mois de Mai 2022, le nombre d’abonnés de téléphones mobiles était près de 11 millions (10 897 711), selon les données de la RURA. « Les abonnements au téléphone mobile pour 100 habitants ont augmenté de 0,06 point de pourcentage, passant de 84,05 % en avril de cette année à 84,11 % en Mai », indique le même rapport.

De milliers de déchets dans les ateliers, dans les brousses…

Dans le sillage de cette croissance, certains téléphones vieillissent. Mais comment s’en débarrasser ?  En effet, peu d’anciens téléphones portables sont collectés et éliminés, ce qui signifie qu’une grande partie d’entre eux reste déposés dans les maisons. D’autres sont jetés dans des endroits inappropriés, tandis que certains se retrouvent dans de petits ateliers de réparation de téléphones. « Quand mes téléphones vieillissent, je les range dans un carton. Je les ai toujours chez moi car personne ne peut les acheter quand ils ne fonctionnent pas », explique Rukundo Jean Paul, un habitant du secteur Nyarubaka dans le district de Kamonyi. Il attend que l’occasion se présente un jour pour en tirer profit notamment en les vendant comme objets usés comme cela se fait pour d’autres matériels en fer ou en acier.

Alors que Rukundo garde ses vieux téléphones dans sa maison, d’autres personnes les jettent dans les buissons, les toilettes et les poubelles publiques où ils sont collectés avec d’autres déchets. Tuyisenge Bernard, un habitant du district de Ngororero fait partie de ces personnes : “Il y a un besoin pour un centre de collecte des déchets de téléphones portables dans notre région” dit Tuyisenge comme s’il en faisait une suggestion. Pour justifier un tel comportement, il dit qu’il n’a connaissance d’aucun endroit précis où jeter les déchets de téléphone.

Théophile Shyaka est réparateur de téléphones portables dans le secteur Shyogwe du district de Muhanga dans la province du sud. Dans une petite pièce dans laquelle il travaille à la maison, il y a de vieilles batteries, des chargeurs et d’autres vieilles pièces de téléphones. Quand on lui demande comment il en disposait, sans aucun souci, il répond : “S’il y en a trop, je les brûle ou les emmène à l’immondice commune. Mais pour les vieilles batteries de téléphones, souvent je les jette dans mon W.C pour qu’il arrête d’émettre une mauvaise odeur.”

Ces déchets ont pourtant un impact nocif sur la santé humaine et l’environnement. Olivier Mbera, Directeur Général d’Enviroserve, une entreprise luttant pour la sauvegarde de l’environnement,  stipule que les composants des téléphones portables qui ne sont pas correctement éliminés contiennent des substances toxiques telles que le mercure, le plomb et le cadmium, qui peuvent s’infiltrer à partir des déchets en décomposition dans les décharges, s’infiltrer dans les eaux souterraines et contaminer le sol, contribuant au cancer, aux dommages au système nerveux central, à la mutation , et d’autres troubles chez l’homme.

Pour le DG Mbera, les déchets électroniques en général sont l’un des flux de déchets à la croissance la plus rapide au monde. Il fait noter qu’au Rwanda, entre 10 000 tonnes et 15 000 tonnes de déchets électroniques sont générés chaque année. Cependant, moins de 20% est collecté. Un grand danger pourtant : « S’ils ne sont pas correctement éliminés, ils représenteront des menaces importantes pour l’air qu’on respire, et la vie des animaux et des plantes car ils contiennent des produits chimiques toxiques », met-il en garde. Sur ce, il appelle les rwandais à jouer leur rôle dans l’augmentation des taux de collecte.

Le rapport de la Plateforme pour l’Accélération de l’Economie Circulaire (PACE) et du Forum économique mondial de 2019, dit que les déchets électroniques tels que les téléphones, les batteries de voiture et autres contiennent des métaux lourds tels que le mercure. Ce produit chimique nuit à la fois aux êtres humains et aux animaux. S’il pénètre dans le sol ou dans l’eau, les poissons peuvent le consommer et malheur aux humains qui consomment ces mêmes poissons ou cette eau.

Efforts communs 

En prévention du danger, en 2017, le Rwanda a lancé une usine nationale de recyclage des déchets électroniques située à Bugesera. L’installation peut recycler plus de 15 types d’équipements électroniques et électriques en d’autres matériaux de valeur. Selon les officiels de l’usine, peu de déchets des téléphones mobiles sont concernés.

En août 2018, une politique nationale de gestion des déchets électroniques a été élaborée. Mais cette politique existante depuis bientôt quatre ans a-t-elle fait quelque chose pour renforcer le cadre juridique et réglementaire de la gestion des déchets électroniques et des téléphones portables ? Et chacun des intervenants joue-t-il sa carte avec le souci de remporter le jeu ? Sur ce, Deo Muvunyi, Directeur Général par intérim de RURA, assure que la forte volonté dont le Rwanda fait preuve pour faire progresser la gestion appropriée des déchets électroniques et créer un cadre réglementaire régissant la gestion des déchets électroniques empêchera, au fil des années, ces substances chimiques dangereuses de polluer l’environnement et d’avoir un impact sur la santé des personnes.

Mitwa Ng’ambi, Directeur Général de MTN Rwanda, dit que MTN Rwanda a lancé un certain nombre d’initiatives qui soutiennent le parcours de croissance verte du pays. « Nous sommes conscients de l’impact que la transformation numérique pourrait avoir sur les générations futures, c’est pourquoi nous continuons à explorer les opportunités et à établir des partenariats pour faire progresser les efforts de traitement des déchets électroniques. » Il ajoute que son agence récupère les vieux téléphones portables qu’ils échangent contre de nouveaux téléphones après que l’acheteur accepte de payer le solde.

En juillet 2022, RURA et Enviroserve Rwanda avec les partenaires de la campagne de déchets électroniques du Rwanda, ont lancé un concours surnommé « dépôt et gagnant » pour stimuler la collection d’équipements électroniques et électriques anciens.

Et comme le précise RURA, la campagne visait à encourager le grand public à déposer ses déchets électroniques et à inspirer les autres à faire de même car malgré les efforts fournis par l’état et les partenaires, la population semble inconsciente du danger et leur participation reste minime alors qu’elle devrait être très essentielle.

Selon l’Agence de protection de l’environnement des Nations Unies, rien qu’en 2016, 435 000 tonnes de téléphones portables ont été jetées dans le monde.

Sangiza abandi iyi nkuru

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