Rwanda : Des drones au service humanitaire

Les drones au Rwanda sont “humanitaires” plutôt que “guerriers” différemment de ce qui est dit à travers les Médias en parlant des conflits armés qui déciment certaines régions dans le monde. Ils servent de moyen de transport rapide du sang, vaccins, médicaments vers les hôpitaux et structures de santé les plus éloignés du milieu rural et alimentent le secteur pastoral en spermes pour insémination de petits et grands bétails. Ceci diminue le temps mis dans le transport routier, les risques d’accidents et les coûts du personnel y relatifs.  Certes, un boom humanitaire…

Des petits appareils bourgeonnent comme des abeilles aux toits des maisons 24 heures sur 24. Il s’agit des drones identifiables la nuit par leur lumière rouge et verte. Les districts de Muhanga, au centre du pays et celui de Kayonza à l’est, sont les deux centres de propulsion et récupération de ces engins. Ils n’effrayent ni n’inquiètent les citoyens qui ont été informés de la mission humanitaire de ces drones contrairement à ce qu’ils apprennent des Médias sur les dégâts humains et matériels des ” mêmes engins ” dans les zones armées de part et d’autre sur la planète.

 Rapidité au service de la vie

“Ces drones servent de moyens de transport rapide du sang pour les patients en besoin de perfusion, médicaments et vaccins vers les hôpitaux et structures sanitaires éloignées du milieu rural”, informe un groupe de femmes rencontrées dans le village de Shyogwe proche du centre de propulsion des drones de Muhanga. Gasigwa Marcel, 36 ans, habitant de cette même entité, atteste qu’il connait déjà déchiffrer la signification de leur luminosité. ” Tu vois, quand ils clignotent le vert, cela dit qu’ils partent vers les centres sanitaires où ils approvisionnent en médicaments et vaccins. Et quand c’est rouge, ce qu’ils reviennent de leur destination et s’apprêtent par conséquent à atterrir “.

“Sur un espace de sept ans, ces drones couvrent près de 90% du territoire national en approvisionnement”, note Shami Eden Benimana, Manager de la société américaine Zipline en charge de ces drones. Il explique que ces drones ont grandement résolu le problème de livraison rapide du sang, médicaments et vaccins envers les hôpitaux et centres de santé localisés dans les zones isolées du milieu rural. “Quand il s’agit d’une urgence médicale, ces drones sont des appareils de premier secours. Ils ont sensiblement raccourci le temps de livraison du sang et médicaments destinés aux centres sanitaires dispatchés dans les différents coins du pays “, a-t-il dénoncé la lourdeur administrative qui contrecarrait l’expédition rapide du sang aux patients. Même son de cloche de la part de Kamikazi Sandra chargée de la réception et livraison des commandes à Zipline. Elle décrit certaines tracasseries administratives qui compromettaient l’expédition de matériels médicaux destinés aux structures sanitaires ruraux. “Avant l’introduction de ces drones dans le secteur de santé, l’approvisionnement en sang, vaccins, médicaments et autres matériels médicaux devrait passer par un long protocole administratif et de fois ennuyeux”, dit-elle en montrant la réquisition d’une ambulance, un infirmier et un chauffeur pour le transport de ces matériels sur de longues distances délabrées, avec risque de dégradation de certaines poches de sang, médicaments et vaccins sur leur trajectoire. ” Nos drones utilisent entre 30 et 40 minutes pour parcourir une distance de 150 Km, alors que pour une ambulance, il faut jusqu’à à trois heures de voyage “, apprécie-t-elle la révolution technologique du secteur sanitaire au Rwanda depuis les sept dernières années.

Une étude intitulée, « effet de la livraison du drone sur délai de livraison et gaspillage des produits sanguins au Rwanda… » publié en Avril 2022 dans la revue « The Lancet Global Health » a comparé les délais de livraison d’urgence et les données administratives étudiées pour évaluer les changements dans les expirations de produits précise que la diminution du délai moyen de livraison du sang vers les structures médicales variait de 3 minutes à 211 minutes selon la distance et la qualité de la route”.

Au grand sourire des patients. ,Rukiramacumu du district de Musanze, nord, dont le fils a succombé il y a du 10 ans, de la leucémie  à l’hôpital de Ruhengeri  remue les cendres des souvenirs douloureux. “Mon fils souffrait de la leucémie et devrait être perfusé du sang ou des plaquettes. Des fois il y’en avait pas à l’hôpital. Il fallait le réquisitionner à Kigali et cela prenait du temps, sans espoir de livraison à temps. Maintenant avec ces drones, les patients ne connaissent pas la pénurie en sang”, se réjouit-il. Un directeur de l’hôpital au nord du pays ayant acquis l’anonymat témoigne : “Souvent on avait un stock non utilisé de poches de sang qu’on finissait par détruire alors que des hôpitaux d’ailleurs en avaient besoin. Maintenant, les hôpitaux ont un stock limité qu’on approvisionne au fur et à mesure avec des drones, selon les besoins présents”.

En 2023, plus de 400 000 livraisons ont été effectués depuis 2016 dans 400 structures de santé au Rwanda selon les statistiques de Zipline Rwanda. Jusqu’à ce jour, les drones effectuent plus de 600 vols par jour en provenance de ces deux centres d’expulsion et réception des drones à Muhanga et à Kayonza.

Les drones aident à l’insémination des bétails

Si au départ, la livraison des poches de sang, médicaments et vaccins était l’objectif principal du gouvernement du Rwanda pour sauver les vies humaines, le regard a été aussi tourné vers le secteur pastoral pour son amélioration et augmentation de la production animalière. Les drones ont été mobilisés pour assurer le transport des spermes en vue d’insémination des petits et grands bétails dans les différents districts qui composent le pays.

Kayiranga Calliope, chargé de l’élevage dans le district Muhanga affirme que le service de Zipline a diminué les risques de péremption des spermes des animaux (porcs). “En plus du gain du temps, il fallait disponibiliser des vétérinaires qui devraient assurer le transport des spermes des bétails dans les différents districts du pays.  Les risques de la détérioration des spermes étaient nombreux vu l’état des routes en mauvais état en parallèle avec les facteurs météorologiques. En outre, l’assurance des soins dans le stockage ainsi que les matériels y relatifs n’étaient pas certains dans toutes les situations. Les drones ont donc simplifié la tâche, car les spermes sont envoyés aux éleveurs au moment voulu et à bonne échéance”.

Ndikumana Antoine, éleveur de porcs dans le district Kamonyi salue les exploits de ces drones. A sa maison, devant une dizaine de porcelets, il récupérer les spermes par le drone pour l’insémination de ses porcs et cela dans un laps de temps. “J’ai écrit mon identification, le type de spermes à travers une messagerie envoyée au Zipline. Après 30 minutes, la livraison m’a été envoyé”, explique-t-il.

De l’humain ou du bétail, les drones ont significativement révolutionné le secteur de la santé malgré les questionnements sur les coûts de ces engins. Mais à quoi équivaut le coût de la vie humaine perdue si on s’en mettait à comparer les coûts de la logistique versus le coût de la vie ?

Les drones contribuent à l’éradication de la malaria

La lutte contre la malaria a aussi vu l’utilisation des drones. Le projet d’utilisation de drones dans la lutte contre le paludisme au Rwanda a été démarré en Juillet 2020 pour soutenir les mesures déjà en cours dans la lutte contre le paludisme. Actuellement, en utilisant des drones pour cibler les moustiques sur leurs sites de reproduction. Ceci car les mesures dont l’utilisation de moustiquaires, la pulvérisation intra domiciliaire à effet rémanent…. n’étaient pas suffisantes. En effet, les moustiques mettaient toujours en danger la vie des gens en dehors de chez eux : Le problème n’était pas résolu à la source.

Les drones se sont avéré extrêmement efficace et trois fois plus rapide que la pulvérisation manuelle et assez précise pour réduire les densités de larves de moustiques. Sur 336 ha d’essaie à Kabuye à Kigali, le résultat a montré la réussite. La densité moyenne des larves de moustiques a été réduite de 89,6 %, la densité moyenne des larves de moustiques anophèles a été réduite de 92,8 % et il y a eu une baisse drastique de l’incidence du paludisme au Centre de santé de KABUYE où le paludisme a diminué de 90,6 %, de 12 041 cas à 1 129 cas par rapport aux données rapportées de juillet 2019-février 2020 et juillet 2020-février 2021 audit centre de santé.

Dr Sabin Nsanzimana, ministre de la Santé, a souligné l’importance d’utiliser une combinaison d’efforts, de technologies et d’innovations pour lutter contre des maladies comme le paludisme. Il a félicité Charis UAS comme l’une des entreprises innovantes du pays, témoignant que le projet pilote mené en 2020 a montré que l’utilisation de drones pour lutter contre le paludisme est efficace, efficace et facile. Avec 3,7 millions de cas de paludisme signalés chaque année au Rwanda, il est clair que différentes innovations et technologies sont nécessaires pour éradiquer la maladie.

Fulgence Niyonagize

Sangiza abandi iyi nkuru

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