Dr Sosthène Munyemana : sa manière rusée l’inculpait davantage devant la Cour d’Assise de Paris

L’âge avancé du Dr Sosthène Munyemana lui donne chance à un adoucissement de sa peine.

Les réponses rusées et évasives du Dr Sosthène Munyemana devant la Cour d’Assises de Paris présageaient un génocidaire machiavélique cherchant à tout prix à se soustraire aux accusations pesant sur lui. Ce 20 décembre 2023, il a été reconnu coupable et condamné à vingt-quatre ans de réclusion criminelle, avec une période de sûreté de huit ans, pour son implication dans le génocide  perpétré contre les Tutsi en 1994.

Certes, un esprit intellectuel de renom se retrouvait impliqué dans la tragédie épouvantable au Rwanda, se manifestant par le génocide perpétré contre les Tutsi. Dans la circonscription de Tumba, située dans l’ancienne Préfecture de Butare, au sud ; le Dr Sosthène MUNYEMANA était une figure politique éminente et membre du Mouvement Démocratique Républicain (MDR), tout comme Jean KAMBANDA (Premier Ministre du Gouvernement intérimaire, actuellement purgeant la réclusion criminelle à perpétuité pour sa participation au génocide), dont les directives étaient mises en œuvre sans relâche par les criminels.

Devant la Cour d’Assises de Paris, malgré ses tentatives de contourner les accusations et de persuader de son innocence criminelle, ses efforts se sont révélés vains. Il a usé de stratagèmes d’ordre machiavélique pour démontrer sa compassion envers les malheurs traversés par les Tutsi. Cependant, une simple reprise de la même question quelques minutes plus tard, suffisait à révéler un autre scénario de comportement criminel. Le 20 décembre 2023, la Cour l’a déclaré coupable, prononçant une peine de 24 ans de réclusion criminelle pour crimes de génocide, crimes contre l’humanité et entente en vue de commettre le génocide.

Ce gynécologue rwandais, ayant trouvé asile dans le sud-ouest de la France depuis le 22 juin 1994, s’était démarqué dans son fief de Tumba par son influence et sa position en tant que médecin connu de tous. À cet égard, il détenait la clé du bureau du secteur de Tumba, où il enfermait des Tutsi sous prétexte de garantir leur sécurité. Les témoins à charge et les survivants du génocide devant le tribunal ont tous unanimement accusé le Dr Sosthène Munyemana d’avoir livré ces Tutsi aux criminels. “Des véhicules venaient prendre les Tutsi pour les tuer“, ont révélé à l’unisson les témoins à charge.

Le Dr Sosthène Munyemana a capté l’attention du tribunal en affirmant à plusieurs reprises n’avoir jamais observé de barrières dressées ni de cadavres dans les brousses au sein de son entité administrative. En tant que médecin et homme politique ayant participé le 16 avril 1994 à la rédaction et à la signature d’une motion de soutien au gouvernement intérimaire instauré après l’attentat contre l’avion du Président Juvénal Habyarimana, motion qui a encouragé les massacres ; le tribunal a pris note de ses déclarations, réservant son jugement pour un moment propice.

Dr MUNYEMANA, ancien agent de l’Hôpital Universitaire de Butare, n’a apporté aucune assistance aux personnes blessées. Il a prétendu être en congé pendant les tueries, renforçant ainsi sa négation du génocide. Cependant, cette déclaration entre en contradiction avec ses affirmations antérieures selon lesquelles il n’avait ni vu de barrières ni de cadavres de victimes tuées.

Pourtant, les témoins à charge attestent qu’il faisait partie du comité de crise ayant instauré des barrières et des rondes, au cours desquelles des personnes ont été appréhendées avant d’être tuées. Sosthène Munyemana a persisté à plaider son innocence en soulignant qu’il n’était en rien impliqué, se présentant comme un simple citoyen démuni de privilèges : « J’ai toujours dit : ‘un notable qui n’a même pas de voiture‘”, a-t-il ironisé devant la cour.

La défense de MUNYEMANA a annoncé son intention de faire appel de la peine infligée à son client, tandis que la partie civile en était au moins satisfaite. Mme Daphrose Gauthier, reconnue pour son engagement dans la traque des présumés génocidaires fugitifs en Europe, a exprimé sa satisfaction en déclarant : « Je suis heureuse pour les gens de Tumba, car la justice leur est enfin rendue, même si elle a été très tardive ».

Jean KAMBANDA l’a rangé parmi ses collaborateurs

Le génocidaire et Premier Ministre du gouvernement intérimaire lors du génocide au Rwanda, M. Jean KAMBANDA, a, lors de son procès au Tribunal Pénal International sur le Rwanda, impliqué le Dr Sosthène MUNYEMANA en le rangeant parmi ses collaborateurs. MUNYEMANA, d’un ton posé, a clairement souligné qu’il n’était pas question de le croire. Selon lui, “Ce n’est pas parce que Kambanda le dit qu’il faut le croire“. Le tribunal a pris bonne note de cette déclaration en attendant toujours de rendre sa décision au moment opportun.

En 2008, le Rwanda avait émis un mandat d’arrêt international et demandé l’extradition du Dr Sosthène Munyemana, mais cette requête a été rejetée en 2010. Il a fallu encore une décennie pour qu’il comparaisse finalement devant la justice.

UMUBYEYI Nadine Evelyne

Sangiza abandi iyi nkuru

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