Rwanda : Des insuffisances persistent dans la prise en charge du paludisme à domicile, selon Community Led Monitoring

Ngabonzima Louis, responsable des programmes de l’organisation internationale CLM, œuvrant dans le domaine de la santé et de la défense des droits humains.

Alors que le Rwanda avait fait de la prise en charge communautaire du paludisme l’un des piliers de sa stratégie de lutte contre cette maladie, des acteurs du secteur de la santé estiment que des défis persistent.

L’organisation Community Led Monitoring (CLM) affirme que les agents de santé communautaires sont confrontés à des ruptures de stocks de médicaments, compromettant ainsi l’objectif initial de traiter la majorité des cas de paludisme à domicile.

Le ministère de la Santé, à travers le Centre biomédical du Rwanda (RBC), a mis en place le programme de prise en charge du paludisme à domicile (Home-Based Management of Malaria). Ce dispositif repose sur les agents de santé communautaires, chargés de dépister les cas simples, d’administrer le traitement et d’assurer le suivi des patients.

Pour Ngabonzima Louis, responsable des programmes à Community Led Monitoring (CLM), la disponibilité des médicaments reste un défi majeur.

« Les agents de santé communautaires connaissent des ruptures de stock de médicaments. Pourtant, la stratégie nationale prévoyait que près de 80 % des cas de paludisme soient traités au niveau communautaire », explique-t-il.

Des agents de santé confrontés au manque de médicaments

À Tumurere, dans la cellule de Kibenga, secteur de Ndera (district de Gasabo), Uwera Rosette, agente de santé communautaire depuis 2021, assure le dépistage et la prise en charge du paludisme, de la pneumonie et des maladies diarrhéiques.

Elle affirme qu’au cours des premières années de son engagement, elle recevait un grand nombre de patients atteints de paludisme et pouvait leur administrer immédiatement le traitement.

Depuis 2025, la situation a changé.

« Il faudrait augmenter les stocks de médicaments afin que nous puissions continuer à remplir efficacement notre mission. Aujourd’hui, les quantités disponibles sont limitées. Dans certains cas, les médicaments sont réservés aux zones les plus touchées ou ne parviennent pas jusqu’à tous les agents de santé. De nombreux patients sont désormais orientés vers les centres de santé faute de traitements disponibles au niveau communautaire », témoigne-t-elle.

Malgré ces difficultés, Rosette souligne la satisfaction qu’elle éprouve lorsqu’un patient guérit.

« Voir une personne retrouver la santé grâce aux soins que je lui ai apportés est ma plus grande récompense. »

Uwera Rosette, agente de santé communautaire du village de Tumurere, s’entretient avec une journaliste.

Le RBC évoque des difficultés ponctuelles d’approvisionnement

Interrogé par The Bridge Magazine, Dr Jean Damascène Niyonzima, responsable de l’unité de lutte contre le paludisme au sein du Programme national de lutte contre le paludisme du RBC, rappelle que les agents de santé communautaires assurent actuellement entre 55 % et 60 % de la prise en charge des cas simples de paludisme.

Selon lui, les cas graves sont systématiquement référés vers les établissements de santé. Les agents de santé participent également à la distribution des moustiquaires imprégnées, aux campagnes de pulvérisation intradomiciliaire et à la collecte des données sanitaires.

Concernant les ruptures de médicaments, il explique qu’elles sont principalement liées aux délais d’approvisionnement.

« Lorsqu’une augmentation importante des cas de paludisme survient, les stocks peuvent s’épuiser rapidement. Les médicaments étant importés, leur réapprovisionnement demande du temps. En 2025, la forte recrudescence des cas a nécessité de nouvelles commandes au niveau national. Aujourd’hui, les médicaments sont disponibles, même si leur distribution jusqu’à certains agents de santé peut encore prendre du temps. »

L’objectif des 80 % a évolué

Dr Niyonzima précise toutefois que l’objectif consistant à traiter 80 % des cas à domicile ne correspond plus à la stratégie actuelle.

« Depuis la création des postes de santé (Health Posts), les agents de santé communautaires ne sont plus les seuls prestataires de soins de proximité. Les objectifs ont donc évolué afin de tenir compte de cette nouvelle organisation du système de santé. »

Une rotation des traitements pour prévenir les résistances

Le responsable du RBC indique également que les médicaments antipaludiques sont régulièrement remplacés afin d’éviter le développement de résistances du parasite aux traitements.

« Nous alternons les molécules conformément aux recommandations de l’Organisation mondiale de la Santé. Si un traitement devient moins efficace dans une région, il est remplacé par un autre afin de préserver son efficacité thérapeutique. »

La première rotation nationale des traitements antipaludiques est prévue au mois de septembre, conformément à cette stratégie de prévention des résistances.

Sangiza abandi iyi nkuru

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